Feu de joie… Par Spleendindira

24 10 2007

tableau de Zao Wou-Ki, peintre chinois


Je pensais m’être débarrassée de toutes les photos. Je t’ai refilé le bébé il y a plus d’un an déjà, lorsque nous apurions le passif de notre relation. J’avais pris du temps à classer les centaines de clichés, souvenirs de jours heureux, et je te les ai rangé dans un album.

Cet album je l’ai glissé à ton insu dans un tiroir d’un placard que tu n’utilises pas. En t’imaginant un jour, peut-être plusieurs années plus tard, tombant dessus, ouvrant la boîte de Pandore. A l’idée de te faire ce coup ; un boomerang posthume à notre relation défunte, j’ai souri et je ne t’en ai rien dit.

Peut-être que ce serait ta femme, que tu auras connu et épousé entre-temps qui les trouvera et s’en débarrassera à son tour sans te dire un mot, contente de les avoir trouvé avant toi et heureuse de faire cohabiter dans un même sac poubelle son vieux tampax usagé, des restes de votre dîner et ma tronche d’ex que tu as aimé plus qu’elle.

Mon piège se referme sur moi, j’en ai oublié des dizaines d’autres chez moi, des photos de souvenirs encore plus heureux. Ces images, tapies dans une vieilles boîte à chaussures cachée sous une pile de DVD sont là et me défient de m’en débarrasser. Je ne peux plus te les refiler, on a coupé tout contact, rompu tout lien.

Ces photos je n’arrive pas à les jeter, elles font partie de moi, malgré tout.

Je les ai regardé très vite, à peine, et je luttais pour ne pas les ausculter une à une. Je luttais pour ne pas reprendre le fil de chacune d’entre-elles, étudier les prémices de brisures, les futures cassures, anticiper une chute.

Ces photos sont là dans un coin de ma chambre, je le sais depuis quelques jours déjà. C’est comme un corps étranger ; elles me dérangent. J’en souffre. Et ça me démange de les jeter, de les balancer ou de nous cisailler à coups de canif. Ces mêmes coups de canif que j’ai reçu de toi.

J’ai toujours pensé que dans un couple, lorsque l’on se sépare, celui qui garde les photos et celui qui souffrira le plus. Chaque image étant autant de stimuli sensoriels, autant de portes prêtant aux souvenirs, à la nostalgie. Cette nostalgie pourrait tuer à petit feu.

Avec le temps, les souvenirs s’écrèment et l’on ne se souvient que du meilleur. Je me force à ressortir le mauvais pour continuer à diaboliser le diable que tu es.

Je procrastine et reporte aux calendes grecques le jour où je rouvrirai cette boîte, puis je fulmine ; il n’y a aucune raison de se souvenir, il n’y a aucune raison de les maintenir en vie, ces photos témoignent d’une époque révolue et devraient se retrouver sur l’échafaud. Je les brûlerai donc… Le soir de tes noces.

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