Silence, On tourne!

15 06 2008

La mode est un éternel recommencement dit-on, et comme pour l’illustrer, chaque année à la même période je sacrifie mes week-ends d’été à festoyer mes copains, copines, qui convolent en juste noces, tandis que je leur consacre mes soirées d’hiver à panser leurs plaies, les âmes brisées, leurs désillusions, et à gérer les bris de divorces et autres séparations douloureuses…

Il y a quelques jours, je l’ai fêté Elle, jeune et jolie, drôle, attachante, dévouée et serviable, et Lui, son inconnu, qu’elle a rencontré quelques semaines auparavant, mignon, sombre, perdu et quelque peu désemparé.

Durant toute leur soirée de mariage, j’attendais qu’un réalisateur hurle « Coupez!! On la refait » tellement j’ai eu le sentiment de me retrouver dans une parodie de série B, avec deux protagonistes pas conscients de leur grossière erreur.

Nous étions tous stupéfaits, ils ne se connaissaient pas du tout, et n’étaient ensemble que depuis peu, ils ne savent pratiquement rien l’un de l’autre, et cerise sur le gâteau; ils n’avaient même pas l’air heureux à leur propre mariage. Les parents de chacun, apeurés, distribuaient des sourires jaunes tandis que les familles se toisaient du regard. Quant à nous, nous observions notre amie, qui bien que nous ayant habituée à son grain de folie, ses histoires d’amour fluviales aux confluents marécageux, elle n’aurait jamais été capable d’accepter une demande en mariage par téléphone, mais elle la fait.

Que s’est-il passé pour que tout ceci s’organise en si peu de temps, elle qui il y a encore quelques semaines était depuis quelques mois avec un autre. D’ailleurs lorsqu’elle me l’a annoncé, j’étais sure que c’était une mauvaise blague, une occasion de plus de faire la fête mais en riant du sort, avec un thème à la fois aussi sérieux et léger que le mariage.

Comme dans la plupart des mariages marocains, célébration teintée d’hypocrisie, le bar est situé assez loin du centre des festivités. Il faut relever son caftan avec élégance, le nouer entre trois doigts au niveau des genoux, laisser apparaitre des jambes nus et graciles sous des kilos de tissus, et avancer droit avec aisance et dignité. Une fois là-bas, j’y croise le jeune homme dont les copains gavent d’alcool à l’entonnoir, il n’a pas l’air heureux et n’a pas souri une seule fois depuis le début de la cérémonie, alors son ami me confie qu’il faut lui donner un air jovial donc ils l’ont forcé à devenir ami avec J. Daniels.

Mais comment peut-on prendre la décision de se marier par téléphone avec une fille que l’on a vu qu’une seule fois? Pourtant les jeunes mariés sont loin de subir une pression quelconque, et la mariée a toujours joué les « runaway bride » dès lors qu’un petit ami lui proposait le mariage.

Ce mariage, une photographie fidèle du malaise vécu aujourd’hui par nombre d’entre nous, sonnait faux, et nous mettait mal à l’aise, peut-être face à la désastreuse capacité de nos pairs de prendre ce genre de décisions à la légère, ou face à l’indécision d’autres qui repoussent sine die ce jour fatidique.

Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à moi, à ma situation de jeune femme à 50 % single, qui a développé une peur panique de toute forme d’engagement et qui fuit les responsabilités de couple comme d’autres ralentissent à la vue des radars. Comment en suis-je arrivée là? Moi qui il y a encore quelque temps rêvait de prince charmant, de couple charmant, de caftan charmant, et de tout le toutim? Je suis aujourd’hui désabusée, blasée, et demeure convaincue qu’il va me falloir pas moins de deux mariages pour trouver enfin l’équilibre. Le mariage « social », comme je me plais à dire, celui que l’on fait aux alentours de trente ans, pour faire plaisir à tout le monde, et flatter son égo, et le mariage de la « maturité » qui viendra certainement quelques années après. Mon raisonnement est pitoyable, et lorsque j’y pense je m’en excuserait presque auprès de la jeune ado que j’ai été.

Je ne supporte pas l’échec lorsque j’ai eu de belles et nobles aspirations, j’ai horreur du doute lorsque j’ai été déjà sure de mes choix, et je préfère ne pas me marier plutôt que de me décevoir.

Qui est donc dans le vrai? Celui qui se marie comme lorsque l’on coche une case d’un document administratif ou celui qui ne se marie pas parce qu’il attend d’effleurer des certitudes?

Elle fit son apparition dans une très belle robe blanche de fin de cérémonie, lui cintrant la taille et s’élargissant en cerceaux au niveau des jambes, elle tenait un petit bouquet de fleurs blanches garni avec gout et s’apprêtait à couper son gâteau avec ce nouveau mari dont elle ne connaissait presque rien. Quelqu’un dans l’assemblée a crié « un bisou », et le mari s’est renfrogné « non, non j’aime pas ça! ». Comment aurai-je réagi en pareil circonstance ? Je crois que je l’aurai entarté dans la pièce montée…

Ce mariage ne durera pas. Je le lis dans le regard de ce couple qui s’est emballé comme un brasier quelques semaines auparavant, et qui est tombé dans le piège du coup de foudre fulgurant.

Comme un lendemain d’ecsta.

Lorsque la descente est dure à digérer. Une descente à quelques centaines de milliers de dirhams, une descente sur un air de Pinhas, chanteur sur le retour des années 90.

Le marié ne sourit pas, la mariée fait semblant, mais on peut lire la peur dans leurs yeux. La même expression de visage que celle d’un enfant qui vient de faire éclater un pétard et qui s’est fait prendre.

Comme un lendemain de mariage à Vegas pour amateurs de roulette russe.

Mon arme est chargée à blanc, et je crois que je vais continuer à tirer dans le vide…






Un post pour un poète

13 06 2008

Un lecteur nous a laissé un commentaire au post « L’amour au temps de Abbas », nous avons apprécié ses rimes savamment troussées tandis qu’il nous narre comment il a troussé sa belle… Son poème méritait un post!

Parler d’une membrane, en guise de prologue,
Bêtement recousue par le gynécologue,
Est bien sot, mais hélas, nos us sont ainsi faits,
Que ne plus être vierge est un vilain forfait.
Pour la jeune fille, préserver son hymen,
Est un calvaire auquel elle doit dire amen.
Il vaut mieux conserver le précieux capital,
Que de le réparer, au bloc, à l’hôpital.
Quantité de moyens existent, par bonheur,
D’atteindre le plaisir sans perforer la fleur.

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