
“Nkounou M3ak ncha3allah!!, Lay jib ji rajel” la traduction serait “Que Dieu t’apporte un mari pour que nous assistions à tes noces” avec une toute petite pointe d’ironie quasi malsaine.
Pour les marocaines mariables, c’est-à-dire pour toutes celles qui n’ont toujours pas convolé et qui ont plus de 24 ou 25 ans, cette phrase est un leitmotiv qui leur est rabâchée au quotidien par leurs familles, les amis de la famille, leurs mamies, ou par tous ceux qui ne réalisent pas qu’aujourd’hui il est possible d’avoir 26 ans et de ne pas être focalisée sur le mariage.
J’ai repoussé toute la semaine durant, le moment où je devais passer féliciter ma cousine pour la naissance de son deuxième enfant pour éviter de croiser ma famille, la sienne, ou celle de son mari et devoir affronter ces terribles phrases pernicieuses en public.
Ca n’a pas raté, à peine rentrée, je ne l’avais même pas encore embrassée que j’entendais déjà une arrière tante me hurler aux tympans le quatrain fatidique.
Pétage de plombs. *Soundtrack Kill Bill*
J’ai profité de la présence de tout le clan pour leur dévoiler le fond de ma pensée en agressant la malheureuse qui avait justement divorcé le matin même :
“Je ne suis ni estropiée ni borgne, j’en ai marre que vous me traitiez comme une handicapée, ce n’est pas parce que j’ai 26 ans que je vais céder à votre pression sournoise et culpabiliser de ne pas épouser le premier con venu juste pour que vous soyez contents, d’ailleurs le prochain que j’entends me sortir encore une seule de vos formules toutes faites avec lesquelles vous martyrisez les demoiselles de la famille aura droit à un lynchage en règle et en publique“.
Silence et stupéfaction
Une des tantes a reprit “Mais nous ne voulons que ton bien, c’est parce que l’on t’aime que l’on te souhaite ces belles choses, nous aussi on a entendu ces phrases et…”
“Stooop!!!! Je suis sure que vous détestiez les entendre ces phrases, la coupais-je, d’ailleurs en reproduisant le schéma vous avez rendu dépressive Samia (cousine de 32 ans, célibataire et au bord du suicide), elle ne veut même plus assister aux réunions de famille à cause de vos bêtises de vieillardes”.
Casus belli
Traiter des petites bourges casablancaises de “vieillardes” alors qu’elles n’ont pas dépassé le cap des 55 ans c’est jeter un pavé dans la mare et toucher là où ça fait mal. Loi de Talion oblige.
Une petite voix se fit entendre du fin fond de la pièce : “j’entendais ça aussi à ton âge et je détestais, je comprends que tu réagisses comme cela”. Puis une autre vint surenchérir : “Moi aussi on m’a fait la même chose, et je piquais des colères à chaque fois, mais je ne pouvais pas réagir comme tu l’as fait aujourd’hui”.
Je cherchais du regard l’assentiment de ma cousine qui ne pouvait malheureusement pas me comprendre, elle fait partie de celles qui ont toujours cru que le mariage était une finalité en soi, et elle ne respirait que pour le jour de la cérémonie, d’ailleurs elle se maria avec un homme de 17 ans son aîné juste parce qu’il remplissait tous les standards de sélection qu’elle s’était fixée et aujourd’hui il ne la regarde même plus.
La Matriarche, notre grand-mère commune, arriva. Escortée de son bataillon d’aide-soignant, de porte sacs, et de demoiselles de compagnies en tous genres. Elle me toisa d’un regard lourd de sens, et allait me sortir son éternelle litanie me reprochant mon *célibat*. Etant entendu que célibataire veut dire ici “ne pas être mariée ni fiancée”.
Les autres la prirent à part, la faisant valser dans la pièce et lui firent part de mon acte de félonie.
“Et bien soit, nous ne te dirons plus rien, d’ailleurs nous ne te parlerons même plus, lâcha-t-elle, j’espère même que je serai morte et enterrée le jour de ton mariage pour que tu puisses bien regretter de ne pas t’être mariée plus tôt”.
La sentence était tombée.
A ce moment précis, la porte s’ouvrit sur une amie de la famille qui se jeta sur moi : “Ma petite chérie!!! Nkounou M3ak!!!!!”
J’aurais aimé Nkoun m3ak, mais tu te défends bien sans mon aide.
Salut les nanas,
J’ignore si vous êtes sur Casa, j’y suis pour encore quelques jours, je laisse mon e-mail au cas où: Loula_lanomade@hotmail.com
Je me souviens que je grimpais au rideau à chaque fois que j’entendais cette expression. Mais, j’avais la chance d’avoir des parents anticonformistes qui me répétaient: laisse-les radoter, étudie, travaille, voyage, le reste viendra après.
J’ai revu mon premier prétendant cette semaine, pendant un court instant j’ai imaginé what if, mais tout de suite après j’ai pensé: purée je plains sa légitime, je remercie mes parents d’avoir dit: Loula doit étudier et n’est pas à marier”.
Mwah
Un plaisir de vous relire, mais please : un peu d’efforts ! on en veut plus souvent ! Je ne me lasse pas de vous lire …
PS : Je n’ai malheureusement pas reconnu le style de l’auteur … Esha ? Splendindira ?
Bonjour,
Figurez vous mademoiselle que même les mecs ont droit à ce supplice (j’ai assiste à une scène où un candidat potentiel au mariage a été catapulté dans une Aâmaria en cours d’une cérémonie juste pour lui donner l’envi de sauter le pas….lol), la pression est cependant plus grande sur la gente féminine je le reconnais…
Mais vas faire comprendre à une société entière que le mariage n’est pas une finalité en sois….il faut se lever très tôt pour cela.
Je subis le même supplice et les filles de ma famille aussi, même si mes parents ne me le font pas. vous avez mis le doigt sur un phénomène de la société marocaine dont on ne parle pas beaucoup. c’est vrai que dès que j’entends ces phrases, ça m’enerve au plus haut point et j’ai envie de leur hurler de me foutre la paix.
C’est drôle comment les mentalités évoluent vite mais que certaines choses restent profondément ancrées et ridicules.
Je réalise ma chance de vivre dans une famille où ma grand mère et ma mère se sont mariées très tard et où ma tante a fait le choix tout simple de pas se marier du tout. Pas de pression de ce côté là donc… Mais la pression est à l’inverse ! Chaque prétendant qui pointe son nez est passé à la loupe et peu souvent adoubé par la famille…
Comme disait l’autre “je n’ai pas besoin d’ennemis, j’ai déjà bien assez à faire avec ma famille !”
Bravo les filles! sujet sensible, d’actualité et qui me touche aussi (j’ai 26 ans.. et demi
)
ca vs dit une campagne de sensibilisation pour réclamer notre droit à prendre notre temps et de profiter de notre célibat avant de nous faire mettre la corde au cou!!
Saba..
alors, à la lecture de ton billet, je me dis que j’ai une chance incroyable, celle de pouvoir choisir avec qui je veux vivre… Ca fait relativiser beaucoup de choses que notre liberté de femmes en France que l’on croit souvent menacée…
C’est vrai qu’au Maroc, société à tradition patriarcale et machiste oblige (et pire, véhiculée par les femmes elles-mêmes), il est encore difficile de concevoir qu’une demoiselle dans sa trentaine ne désire pas se marier pour X raisons. Et les hommes aussi subissent des pressions surtout s’ils s’approchent de la fin de leur trentaine et ont une situation stable ou confortable. Ca me rappelle un court-métrage tunisien que j’ai vu sur Internet d’un type qui, sous pression de sa mère, essaie par le biais de diner en tête à tête avec 3 femmes laquelle va choisir. La chute du film est qu’il s’est marié d’une façon plutôt métaphorique avec sa mère.
Rassurez-vous, même dans les pays développés il y a ce genre de problème. Au Japon, le terme désigné pour les femmes qui n’ont pas trouvé de bon parti et sont dans les trentaines ou quarantaines (Les femmes veulent avoir un carrière. Elles ont droit) est “maké inu” qui veut dire “Chien perdant” ou plutôt “Chienne perdante”. J’ai lu que ceci vient des combats de chien.
Personnellement, la matriarche n’aurait jamais dû dire ça. Je plains vraiment pour vous. Mais quand même, cela aurait dû être discuté dans le calme.
Ah oui, pour le Japon, je me rappelle de Kaori, la patronne d’Amélie Nothomb dans “Stupeur et tremblement” : arrivée à la trentaine mais pas encore mariée à cause sans doute de sa haute taille. Je vous le conseille vivement. Histoire d’éviter de broyer du (chocolat) noir.
Delaroze : Détrompes toi, personne ne choisis pour nous celui que l’on va épouser, mais nous subissons malgré nous le supplice de nous faire souvent rappeler que “l’horloge biologique est en branle”.
Ah !! vous et vos clichés
Emomo : “Stupeur et tremblement”, j’ai adoré, d’ailleurs dans le texte le “silence et stupéfaction”, vient de là.
@ 7didane : c’est adorable de ta part, la prochaine fois j’y penserai!
@ Loula : Heureusement mes parents réagissent comme les tiens.
@ Hmed : Et non!! raté!! C’est ni l’une, ni l’autre !
@ radouane : Les mecs le vivent en effet, mais ce n’est pas si vicieux et si redondant je crois.
@ Sara : Je crois qu’avec notre génération on va rompre le cercle.
@ Tequiladrenaline : C’est clair que dans ce cas les ennemis ne sont pas tjs ceux que l’on pense.
@ SABA : Pour la campagne de sensibilisation c’est quand tu veux, d’ailleurs je pensais reprendre l’affiche du film en illustration et photoshoper l’alliance qui danserait sur des doigts de pied en éventail avec le slogan “Je me marierai, quand ce sera le pied!”
@Kali
Ravi de faire la connaissance de ta plume
Bon ok, je n’ai pas lu tous les billets du blog …
Comme Loula moi aussi quand je rentre au Maroc, je me pose la même question “what if ?” en croisant d’anciennes “copines”… et je me dit pareil
Sinon what else ?
Je ne dis pas “Ma Nkounou M3ak” parce que rien d’y penser, ça me ramollis le god (intégré)
La fantaisie de ce blog en prendrait un sacré coup : plus aucun mode d’emploi pour god ultra-exotiques à l’horizon, ni de billets farfelus.
Donne nous les coordonnées de ta grand mère qu’on lui explique qu’il reste encore un bon paquet de sex toys à tester
Ou mieux la prochaine fois qu’elle te demande “Iwaaaaa, Foukach ?” (1)
Et à toutes tes cousines qui te font chier, répond leur “sèchement” que ça se voit qu’elles n’ont jamais essayé les anneaux vibrants … ou le lapin de chez Yoba.
Mieux encore, propose à ta grand-mère du Manix Intensify Gel pour achoura. Ça calme
(1) Alooooors, c’est pour quand ?
@Dr T:
On dirait que vous êtes le VRP d’une boîte de sex toys là. Vous voulez qu’on vous disent que vous donnez des propositions indécentes ? :p
Dans la mesure où (mal)heureusement je n’ai pas eu de petite copine pour l’instant, au moins je ne m’inquiète de la rencontre imminente mais surprenante d’une ex qui pourrait influencer sur moi.
De toute façon, je pense qu’une demoiselle tant qu’elle n’a pas trouvé chaussures à ses pieds il ne faut pas lui mettre davantage de pression surtout sil elle veut faire une carrière. Là il faut qu’elle assume ses choix.
Emomo, en mode extraterrestre (Je prends le prochain ovni dans l’arrêt d’autobus…)
@Dr T
Tbaaaarkellah ! Quelle science !
T’as tout essayé sur toi ou quoi ?
Bonjour mademoiselle,
Méfiez vous du mariage, c’est la principale cause de divorce !
Ps : l’affiche est trop belle !!!
Kali : J’imagine la tête de ta grand-mère quand elle t’a sorti ça.
Gandisham : C’est clair, elle est superbe cette affiche!
Moi, je n’ai “que” 23 ans et mes cousines de 29 ans ne sont pas encore mariées (encore jeunes, pas encore fini leurs etudes…) ma famille me fout la paix! Surtout qu’elle connaissait mon ex, avec qui j’ai failli commettre l’irreperable, donc, mes parents n’osent meme pas evoquer une eventuelle reprise de l’activité biologique…
Je ne veux pas entendre parler de mariage, de problemes existentiels comme qui va occuper quelle partie du lit, qui va preparer le diner… “chérie, c’est la champion’s league ce soir”… “hchouma, ma mère veut te voir” (je detestais sa chebbakia, qu’il adorait of course!)… Je suis bien chez moi, dans mon lit deux place a dormir en diagonale… Et je prends un malin plaisir a NE PAS VOIR la champion’s league (j’aime bien le foot pourtant!).
Tout ça pour dire que j’ai adoré ton texte
@hmed, je suis flatté par ton commentaire … Et puis, quelle élégance dans le propos
“Traiter des petites bourges casablancaises de “vieillardes” …. J’ai cru sentir comme de la prétention dans cette phrase … les petites bourges casablancaises sont au même niveau que toutes les autres filles du Maroc … Les petites bourges casablancaises sont qui pour ne pas être traitées de vieillardes ?? J’te respecte mais ta phrase elle est un peu provoc’ (sa sonne genre j’suis riche donc j’dois être traitée différemment) . Sur ce ton blog est génial … le bisouuuu
Une marocaine à paname .
À lire tous ces commentaires, j’en viens à croire que le malaise que provoquent chez leur entourage les jeunes femmes célibataires de plus de 25 ans est assez universel. Je suis Canadienne (Québécoise pour être plus précise); ma réalité socio-culturelle est donc passablement différente de celle des Marocaines. De toute apparence les Québécois sont de moins en moins enthousiasmés par le mariage, car le Québec est le champion de l’union libre : près d’un couple sur 2 optent pour le concubinage. On divorce aussi beaucoup : 52 divorces sur 100 mariages, d’après de récentes statistiques. Depuis 50 ans, les Québécois se sont débarrassés de beaucoup d’entraves à leur épanouissement, entre autres des tabous sexuels imposés par une pratique très orthodoxe de la religion catholique (le Canada français a longtemps été une société très conservatrice sur le plan religieux). Comme toutes les femmes de ma génération, je bénéficie des avantages de vivre dans une société ou l’égalité des sexes est une valeur fondamentale. Je profite également des gains qu’ont fait depuis les années 1960 les militantes pour le droit des femmes (avortement libre et gratuit, facilité d’accès à la contraception, condamnation du sexisme dans les médias et dans les milieux de travail, équité salariale, etc.) En ce qui me concerne, j’ai fait des études supérieures, j’enseigne dans une université; j’ai donc un boulot tout ce qu’il y a de plus respectable. Je suis indépendante financièrement. Je fais ce que je veux de mon cœur et de mon corps. J’ai une vie sociale bien remplie. Bref, j’aime ma vie. J’ai tout ce qu’il faudrait pour être une des héroïnes de Sex and the City, car comme elles, je suis une trentenaire célibataire…
Pourtant, tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes pour les femmes célibataires du Canada. Loin de là! Le couple et la maternité demeurent des formes de valorisation sociale presque incontournables. Demandez à celles qui font partie du club (pas si sélect que ça d’après ce que je peux observer autour de moi) des jeunes femmes célibataires et sans enfants si elle aiment les fêtes de famille et si elles apprécient les allusions à peine voilées à leur condition de « vieille fille ». Demandez à celles dont les parents espèrent qu’elle leur présente enfin leur futur gendre si elles se moquent du fait qu’ils en sont presque venus à croire qu’elle fait fuir les hommes ou (horreur de toutes les horreurs!) qu’elle est lesbienne. Je ne risque pas gros en pariant qu’elles vous répondront par la négative. Pour ma part, j’ai dû feindre d’ignorer l’ironie dans les paroles de mon père qui, en me rencontrant par hasard, m’a dit, avec un petit sourire narquois, « Où tu vas comme ça, rejoindre ton copain? », alors qu’il savait très bien que je n’en avais pas (à ce moment-là, du moins). J’ai dû essuyer la honte d’être traitée de « vieille fille » devant toute la famille par une de mes tantes qui m’avait demandé mon âge (elle pensait que c’était une bonne blague à faire, je suppose. Décidément, on n’a plus l’humour qu’on avait!). J’ai dû endurer le supplice d’entendre ma grand-mère me demander pour la millième fois (au moins) pourquoi je ne lui avait pas encore présenté mon petit ami et me conseiller de ne pas attendre trop longtemps avant de me caser parce qu’une femme de trente ans n’est pas « mariable ». Je ne crois pas qu’on donne souvent ce genre de conseil aux hommes! Tout ça pour dire que de tels préjugés ont la vie dure, même dans les sociétés dites avancées en matière d’égalité des sexes. Cela ne signifie pas qu’on ne peut rien y faire, mais il faudra être patientes. Courage les filles, nous vaincrons! En attendant que ça change, « Relax, take it easy » comme dirait Mika. Cela vaut la peine d’explorer et d’apprendre à aimer avant de s’engager pour la vie!