
Comme un week-end estival à Casablanca où seuls les traiteurs s’enrichissent, je me suis retrouvée vendredi soir à une demande en mariage, que l’on appelle communément des fiançailles.
La cérémonie était assez intimiste, dans notre jargon et selon nos usages, intimiste veut dire que les convives étaient moins de 200.
La “fiancée”, ma tendre cousine, était Casablancaise, et le doux fiancé Rbati ils avaient tous deux 24 ans (les pauvres).
J’étais du côté de la demoiselle et nous attendions les Rbatis en famille.
Elle nous avait prévenu :
(avant propos presque classique pré-cérémonie marocaine)
- “ils sont rbatis, fabriquent des gâteaux pour la famille royale, et se considèrent donc de sang royal, ne soyez pas choqués s’ils nous regardent de haut”,
- “Quoi??? nous regarder de haut??? Bezaaaf 3lihoum! Que valent ils au Nasdaq??”
- “Plus grand chose, la mère est la petite fille d’un Pacha de ville impériale, et pense que Jupiter c’est sa mère, mais au-delà de ça, nous autres, pauvres casablancais ayant fait fortune dans les affaires, sommes des roturiers”,
- “On va leur montrer ce que les roturiers savent faire”.
Les Rbatis qui-se-la-pètent (alors-qu’ils-ne-valent-plus-rien-au-CAC40) sont venus. Je me suis ennuyée à mourir.
On me présenta Saad, un jeune gringalet à la tête de bonne élève, en me disant “tu vas l’adorer : il a fait HEC!”.
Saad est né en 83, il a donc un an de moins que moi et cela était suffisant pour que je le raye définitivement de ma todo list, je n’allais tout de même pas faire dans le bénévolat et lui apprendre la vie.
Tandis que je l’écoutais distraitement deviser sur sa dernière expérience professionnelle à New York, j’ai remarqué qu’une copine de la “fiancée”, me regardait avec haine, mépris et jalousie, c’est en général le sentiment que je génère chez mes concitoyennes, mais je compris plus tard que c’était l’ex de Saad, avec qui il était resté 2 ans.
IL se confia très vite à moi “je suis encore fou d’elle, elle m’a laissé tomber alors que j’étais à NY, elle disait qu’elle ne supportait plus la relation à distance, je l’aime tu comprends, et elle joue avec moi, un coup elle me veut, et un coup elle me rejette”.
J’avais trouvé le moyen de passer une bonne soirée : Faire de ce jeune homme “pas fini” un homme accompli désiré et désirable.
Comme je suis loin d’être laide (c’est mon blog je dis ce que je veux) c’était pour moi une chose relativement aisée que de faire pâlir de jalousie la jeune demoiselle en question, appelons la Bouchra.
Bouchra était une apprentie joueuse et n’aimait pas se contenter d’un homme qui l’aime et qui la chérisse avec tendresse et gentillesse, comme j’ai longtemps été comme elle, nos 18 mois de différence faisant de moi son aînée dans l’entêtement et la bêtise, je sais que ce qui est d’autant plus agaçant quand on se croit irrésistible, c’est de voir notre “toy” se faire manipuler par une autre manipulatrice.
J’ai dit à Sâad, “nous allons remettre la machine en branle (pour éviter à ta main droite de le faire toute seule) et nous allons te ramener ta douce moitié à tes pieds et au garde à vous!” il me regarda interloqué et attendit naîvement que je sorte une baguette magique de dessous mon caftan à fente.
J’ajoutais “Regarde moi avec désir et envie toute la soirée, reste collé à moi, ne me quitte pas du regard tandis que tu dineras à ma droite”.
il eut une reflexion intelligente qui m’encouragea à continuer ma mission de bénévole humanitaire : “Splendindira, ce n’est pas compliqué de faire cela, tu es sublime, le seul risque, c’est qu’en restant avec toi toute une soirée j’en oublierai la Bouchra”
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